À LA CROISÉE D'UN ÉCRIT
À la croisée d'un écrit
Je sais , il est quand même de ces hommes
Dont le rêve à tâtons secoue un pan de ciel
Et très loin de l'alcôve ou laidement nous sommes
Le temps fait rayonner comme l'amour sans fiel
Michel , sois des leurs dans ta musique ardente
La bouche de l'ignoble enfante les vieillards
Deviens celui qui pose un fabuleux andante
Sur les chemins fourbus et noyés de brouillard
Sois tout ce que certains voudraient t'empêcher d'être
L'abominable siècle osera-t-il jamais
Au fond de l'avalanche obscène du paraître
Ensevelir ta voix promise aux blancs sommets
Nul mieux que toi ne court du brin d'herbe à l'étoile
Nul ne raconte mieux le sublime et le vain
Nul encore quand l'aube immobile se voile
Ne sait mieux conquérir quelque mouvant dessein
Avec tes mots brandis au coeur loyal des choses
Le vertige est plus clair et le sort plus aigu
Le vent goûte assoiffé de foisonnantes roses
Et l'éden cajoleur n'a plus rien d'ambigu
Combien chez toi l'oiseau , le nuage ou la foudre
Ont la suavité d'un éclat de velours
Combien dans la fleur même en train de se dissoudre
Tu suscites la graine ou tout revit toujours
Je marcherai longtemps sur le fil de la lame
Et mon coeur volcan et bohème suppliera tous les cieux
De me laisser le temps , instant délicieux
De mourir dans les vents au creux de ton sésame
